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30 Aoû 2013 - 14:02:47

La marchandisation de la dépression (suite)

La promotion des ISRS par les groupes de patients et les groupes sans but lucratif 

L’industrie pharmaceutique n’ignore pas que le public, plus particulièrement les personnes 
âgées, porte un regard sceptique sur la publicité. En revanche, la plupart des gens connaissent et respectent les organismes communautaires sans but lucratif. Par ailleurs, les consommateurs préfèrent donner leur appui à des organismes sans but lucratif et adhéreront davantage aux campagnes menées par une société pharmaceutique avec l’aval d’un 
organisme sans but lucratif. Ils croient aussi que les produits vendus ainsi ne présentent aucun danger et que les organismes sans but lucratif s’associent à ces campagnes en toute confiance93. Les pharmaceutiques se servent délibérément des organismes sans but lucratif afin : 1) d’augmenter la vente de certains produits; 2) de redorer leur image de sociétés responsables; 3) de fidéliser les clients; 4) de faciliter la différenciation des produits; et 5) de favoriser la création de liens avec des consommateurs éventuels. Les pharmaceutiques font souvent appel à des regroupements de patients ou à des groupes qu’elles créent spécifiquement afin de promouvoir directement ou indirectement les ISRS et d’autres médicaments. Elles financent ces groupes qui, à l’aide de « fonds de sensibilisation 
illimités », peuvent mieux faire connaître le « trouble » en question. Eli Lilly, le fabricant du 
Prozac, et 17 autres fabricants de psychotropes ont versé des millions de dollars à la National. Alliance of the Mentally Ill (NAMI), le plus important regroupement de patients dans le secteur de la santé mentale aux États-Unis. Peu après, la NAMI reprenait haut et fort le slogan « la maladie mentale, c’est une maladie du cerveau » et réclamait une plus large gamme de traitements94. On demande souvent aux groupes de patients de mousser les ventes d’un produit en faisant la promotion d’un « trouble » et d’exercer des pressions sur les gouvernements et les compagnies d’assurance afin qu’ils ajoutent le traitement aux régimes d’assurance maladie95. Et les patients sont aussi fréquemment sollicités. Comme l’explique Healy : À la fin des années 90, l’industrie pharmaceutique faisait régulièrement appel à des 
patients pour promouvoir un nouvel antidépresseur, même lors de conférences médicales. 
Aux rencontres avec les médias, on accordait presque autant d’importance aux patients 
qu’aux médecins, parce qu’ils pouvaient expliquer, en termes simples, les bienfaits apportés par les antidépresseurs sur le fonctionnement du cerveau. Un message que peu 
de psychopharmacologues auraient aimé transmettre à l’époque96.

L’inadéquation des mesures gouvernementales : un facteur contributif 

L’inadéquation des mesures gouvernementales en matière de réglementation et de surveillance peut influer indirectement sur le taux élevé de prescriptions d’ISRS. Santé Canada n’exige pas, en effet, que les résultats des essais cliniques soient rendus publics. Dans le cas des ISRS, les résultats négatifs n’ont jamais été divulgués, ce qui donne au public et aux professionnels de la santé une image par trop rassurante de ce type de médicaments. La publicité directe de médicaments d’ordonnance est illégale au Canada, mais ceci n’empêche pas Santé Canada d’apporter des changements à la Loi, sans consulter le public ni suivre les procédures établies, de manière à permettre la diffusion d’annonces « à visée éducative » et de rappel qui invitent les personnes dépressives à utiliser les produits d’une société en particulier. Et n’oublions pas que la population canadienne est constamment exposée à la publicité faite aux États-Unis par l’entremise de la télévision et des périodiques et que Santé Canada ne peut réglementer ces formes de publicité. Par ailleurs, puisque la majorité des essais cliniques sur les ISRS ne durent que six semaines, il est essentiel de mettre en place un mécanisme efficace de surveillance continue postcommercialisation. Un tel mécanisme permettrait de dépister, une fois le médicament approuvé et mis en marché, tout effet néfaste qu’il pourrait avoir. À l’heure actuelle, Santé Canada finance et administre le Programme canadien de surveillance des effets indésirables des médicaments, un mécanisme déficient et passif. En vertu de ce programme, plusieurs centres régionaux des effets indésirables doivent se partager de maigres ressources humaines et financières. Il n’y a pas de mécanisme officiel ou accessible par lequel les membres du public peuvent consulter les déclarations des effets indésirables des médicaments soumises par des consommateurs, des prestataires de soins et des hôpitaux. Il est impératif de se doter d’un mécanisme solide de surveillance, sinon la majorité des effets indésirables des médicaments ne seront pas signalés. On estime qu’à peine 1 % des médecins soumettent de telles déclarations relativement aux médicaments qu’ils prescrivent. Ainsi, jusqu’à octobre 1999, plus de 2 000 suicides associés au Prozac, un ISRS, avaient été enregistrés dans la base de données sur les effets indésirables de la FDA. Et l’organisme états-unien admet qu’il ne recueille qu’entre 1 % et 10 % des effets indésirables graves97.

Les conséquences de la marchandisation de la dépression et de la prescription excessive d’ISRS aux femmes La marchandisation de la dépression et la forte tendance à prescrire des ISRS auront pour effet de convaincre plus de femmes qu’elles souffrent d’un trouble mental devant être soigné et que le meilleur traitement dans ces cas-là est un médicament, préférablement un ISRS. Pourtant, elles ne présentent que des symptômes mineurs de trouble émotif communément associés à la vie quotidienne. Par ailleurs, étant donné que bien des médecins ne reconnaissent pas que les ISRS peuvent avoir des effets néfastes et engendrer la dépendance, il est possible qu’apparaissent, chez les femmes qui en prennent, d’autres problèmes de santé pour lesquels on leur prescrirait d’autres médicaments. Des études ont déjà révélé que les femmes qui prennent des ISRS sont plus susceptibles de prendre d’autres psychotropes, tels que des tranquillisants (benzodiazépine) et des somnifères. La prescription de psychotropes contribue largement à la hausse des dépenses liées aux médicaments d’ordonnance. Comme les ISRS sont plus coûteux que les psychotropes de la première génération, les régimes d’assurance maladie publics et privés sont déjà considérablement grevés. Et comme les dépenses liées aux médicaments d’ordonnance atteignent des niveaux impossibles à maintenir, le réseau de santé et les assureurs n’auront que deux options : comprimer les dépenses dans d’autres secteurs ou réduire les indemnités.

Traiter efficacement le trouble émotif chez les femmes 

La domination du courant biologique en psychiatrie et l’accent indu mis sur le traitement par les antidépresseurs ont eu pour effet, notamment, d’éroder graduellement le financement d’autres options thérapeutiques non médicamenteuses. 
La thérapie cognitive (la thérapie par la parole), les groupes d’entraide et de soutien, l’exercice et de nouvelles habitudes alimentaires : voilà des méthodes qui ont fait leurs preuves dans le traitement du trouble émotif et de la dépression. Comme le révèlent plusieurs études, l’exercice physique est très efficace à cet égard. Dans leur étude comparative du traitement de la dépression grave chez les personnes âgées par l’aérobique et par le Zoloft, Blumenthal et al. ont constaté qu’après 16 semaines de traitement, les deux groupes se portaient aussi bien l’un que l’autre98. Le docteur Madhukar Trivedi, professeur depsychiatrie et directeur d’un programme sur les troubles de l’humeur, a constaté que le simple fait d’effectuer trente minutes d’aérobique de trois à cinq fois par semaine réduisait considérablement les symptômes de dépression mineure ou modérée99. Les traitements non médicamenteux ont aussi l’avantage de ne pas exposer les personnes aux effets indésirables des médicaments et d’apporter d’autres bienfaits pour la santé. Malheureusement, on finance au compte-gouttes la promotion de ces méthodes et l’évaluation de leurs résultats. En outre, les services de santé communautaire sont restreints. Le résultat : sous-évaluation, promotion inadéquate et sous-utilisation de ces stratégies. Le mouvement en faveur des « ordonnances vertes » est un bon exemple d’un programme de promotion de la santé axé sur les traitements non médicamenteux. En Nouvelle-Zélande, les médecins sont autorisés à prescrire, comme traitements pour divers problèmes de santé (le diabète et les maladies cardiovasculaires, par ex.), des séances d’exercice physique et un régime alimentaire modifié. On surveille le patient et on lui offre une aide concrète (entraînement, accès à un gymnase ou des appareils, par ex.) afin qu’il puisse atteindre ses objectifs100. Bien que ce programme ne cible pas spécifiquement la dépression, on pourrait néanmoins en adopter une version élargie afin d’aider les femmes qui souffrent de troubles émotifs. Les principales causes de la détresse chez les femmes sont : leurs rôles traditionnels, leur sentiment d’impuissance et les exigences qu’entraînent leurs rôles multiples. La théorie biochimique de la dépression, que prônent les pharmaceutiques, libère les institutions sociétales de leur responsabilité, qui est de cerner les facteurs qui sont à l’origine du stress, de la tristesse et de l’anxiété chez les femmes et de les changer. On a établi un lien entre les troubles émotifs et les facteurs suivants : la pauvreté, la violence, un logement inadéquat, un traumatisme antérieur, 
le stress lié au travail, le manque de temps, la prestation de soins non rémunérés et la pénurie de soutiens communautaires. Or, modifier ces facteurs et amorcer la réforme sociale nécessaire relève des gouvernements. On peut aider les femmes à s’en sortir en adoptant certaines stratégies, telles que : réaliser l’équité salariale; bonifier les taux de rémunération, de prestation d’aide sociale et d’invalidité; mettre fin à la violence faite aux femmes et aux enfants; et mettre en œuvre de vastes programmes de soutien à domicile et de garderies. 
Et si la médicalisation de la dépression, la promotion des ISRS et la prescription excessive de ce médicament avaient pour but d’empêcher l’autonomisation des femmes et de la société? Comme le fait remarquer Moynihan : La mort, la douleur et la tristesse font partie de notre réalité d’êtres humains. Toutes les cultures se sont données des outils pour y faire face. De fait, on peut même définir la santé comme « la capacité de faire face à ces réalités ». Malheureusement, la médecine moderne a détruit ces capacités culturelles et individuelles et proposé, en lieu et place, un mode inhumain pour combattre la mort, la douleur et la maladie. Les gens ont perdu la volonté de chercher des solutions qui leur conviennent. Ils veulent qu’on leur enseigne, qu’on les traite ou qu’on les guide plutôt qu’apprendre, guérir et trouver leur propre voie101. 


En annexe : les recommandations formulées par le Comité directeur d’Action pour la protection de la santé des femmes

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